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Le spectacle n'a pas de genre

27/05/2017

(Toutes les photo de l'article : Lydia Goulet)

 

Selon le dictionnaire Larousse, une drag queen se définit comme étant un travesti excessivement maquillé et vêtu de manière extravagante. Sommes-nous d’accord que cette définition est moche? Tentons une seconde définition : une drag queen est un homme sous une identité volontairement basée sur des archétypes de façon temporaire, le temps d’un jeu de rôle, et il peut revendiquer toute identité de genre. Merci Wikipédia, mais ce n’est pas exactement la définition que je recherche ici.

 

Essayons la définition d’un collègue : un art de forme d’expression de soi, où un homme se costume en femme, et un divertissement extravagant de chants et de danse. Bof, ce n’est pas mieux. À mes yeux, un homme qui personnifie la femme n’est pas l’idée de base de ce métier ou ce passe-temps. C’est avant tout un art et une performance.

 

« Les minorités visibles de la minorité visible », partage le metteur en scène Alexandre Fecteau lors d’une entrevue avec La Presse. Dans les coulisses, les drag queens s’adressent aux médias entre deux entractes: « Je ne suis pas considérée comme une artiste qui fait du théâtre et pourtant, c’est ce que je fais. »

 

C’est avec grand enthousiasme que Francis a accepté de passer une entrevue avec moi. C’est une passion si fascinante, et hors de l’ordinaire, et je suis certaine de ne pas être la seule qui urge de poser des questions à une vraie drag queen pour en savoir davantage sur le métier, qui a encore une réputation tabou au sein de certaines communautés occidentales. C’est avec la participation de Francis que j’espère sensibiliser les gens à cette forme d’art et d’expression de soi.

 

 

1. Être un artiste, et plus particulièrement une drag queen, qu’est-ce que cela représente pour toi?

Ça représente vraiment une explosion pour moi. Une explosion du quotidien. Nous sommes tous un peu pareils : on se lève le matin, on va travailler, on travaille tous pour la même raison, on a tous des buts. Je trouve qu’être drag queen, c’est vraiment l’explosion qui dit « eh bien moi, je sors de mon quotidien ». Ce n’est pas rien. Les gens se posent des questions, ils ne comprennent pas. C’est pour sortir des sentiers battus, c’est ce j’aime le plus. Quand j’en parle avec les gens, je leur raconte que j’ai passé une grosse fin de semaine à faire des spectacles de drag queen. Et toi, ta fin de semaine? Netflix faire du patin ? Je ne dis pas mon loisir est meilleur que le tien, mais c’est plus particulier. J’aime ça l’attention donc j’aime ça être particulier.
 

2. Comment te sens-tu lorsque tu montes sur scène?

C’est toujours stressant. Je me demande si je suis bien arrangé. Je doute de moi. Dès que je suis rendu sur scène, et que j’entends le public crier pendant mon numéro, ça me rassure. Je me dis que bien évidemment, je sais ce que je fais. Je me sens bien. C’est le résultat d’une accumulation d’un mois d’idées, de sentiments et d’émotions qui sortent sur scène.

 

« Je suis comme un dragon qui crache son feu! »

 

3. Au niveau de la société, te sens-tu isolé, ou penses-tu qu’il existe suffisamment de structure pour te permettre de t’exprimer librement?

C’est sûr que pour moi, ma structure du moment c’est vraiment le Cabaret Tapis Rouge. S’il n’y avait pas de cabaret, je n’aurais pas la scène qu’il me faut pour m’exprimer, pour me monter des spectacles, pour y refléter mes idées. C’est un peu ça qui me manquait avant les spectacles de Vaudeville. Je m’occupais autrement. Je faisais des films, mais faire de la scène, c’est vraiment différent. Prendre un mois pour monter un spectacle, c’est vraiment écoeurant. J’ai la structure qu’il me faut. Si jamais je voulais pousser plus loin, je peux toujours aller à Québec ou Montréal, mais ce serait différent. En ce moment, je le fais vraiment pour m’amuser, pour passer des messages. Dans ces villes-là, je ne pourrais pas être la meilleure, et je me retrouverais avec de la compétition. La dynamique change. Ici, je suis le seul, et ça me donne vraiment le go de plus pour réellement m'affirmer.

 

4. Tu as mentionné le Cabaret Tapis Rouge à plusieurs reprises. Dis-moi, qu’est-ce que le Cabaret représente pour toi?

Le Cabaret, c’est vraiment une maison. Quand je rentre là, je n’ai que des amis et la scène fait vraiment partie de moi. C’est ma maison. Quand j’ai envie de sortir, ou d’aller voir un spectacle, la première chose que je fais est de vérifier la programmation du cabaret. J’aide aussi beaucoup lors des spectacles, je prends des photos et des vidéos. Le cabaret,  c’est mon centre culturel.

 

5. Qu’est-ce qui est le plus gratifiant dans ta pratique de drag queen?

Ce qui est le plus gratifiant c’est ce qui vient après en fait, c’est de savoir que ce que l’on a fait c’est cool, ou intéressant. En fait, ce sont les réactions du public. Moi, ce que j’aime c’est puncher, aller chercher le monde et provoquer. Un peu comme dire « je te rentre dedans ». C’est niaiseux, ce sont de petits spectacles dans un petit cabaret, mais ça fonctionne. Je réussis vraiment à faire ça avec mes numéros. Je fais souvent des numéros thématiques, sur l’acceptation de soi par exemple, et ça va chercher le monde et je trouve ça gratifiant. Au début de la soirée, le monde me dit « on a vraiment hâte de te voir en show », et à la fin de la soirée « wow c’était vraiment beau, on va revenir ». Pour moi, ce que je veux, c’est montrer la réalité, même si ça ne change pas les gens. J’aimerais juste qu’ils soient conscients que ça existe. Ça prend environ un mois préparer un spectacle, et en même temps je vends des billets donc je sais qui vient et je me dis « bon, pour telle personne je vais faire ça, et un autre ça ». Je veux vraiment aller chercher le public. Je ne suis pas seul sur scène. Le public fait le spectacle avec moi.

 

6. Et le plus difficile, ou décevant?

Hmmm c’est l’inverse, je dirais. C’est quand les gens ne sont pas réceptifs et quand les gens sont incertains de ce que tu leur amènes. Tu leur dis « moi je fais ça, je suis une drag queen » et ils répondent « ah okay ». Soit ils ne veulent pas venir te voir, soit ils n’essayent pas. En fin de compte, ce n’est pas si pire ce que je fais, ça serait facile de venir, s’asseoir, et regarder le spectacle. Mais il y a des gens qui ont cette barrière-là. Moi, je trouve ça décevant. De ne même pas être réceptif, et y donner une chance une fois.

 

« J’aime mieux que les gens viennent et n’aiment pas ça, plutôt qu’ils ne viennent simplement pas. Je n’ai aucun problème avec les gens qui n’aiment pas ce que je fais. J’aime ça qu’on me donne une chance. »

 

7. T’inspires-tu d’un(e) artiste, ou d’un(e) musicien(ne)?

L’artiste qui m’inspire le plus c’est Lady Gaga. C’est quelqu’un qui a vraiment travaillé pour se rendre où elle est rendue. Elle n’est pas comme Britney Spears qui s’est rendue au top parce que son père était riche. Elle a carrément vécu dans la rue. C’est une force de caractère. C’est quelqu’un qui se sert de sa position pour passer des messages. Elle a du pouvoir dans ce qu’elle fait, à travers ses chansons. Elle en profite vraiment pour passer ses messages, et puis moi, j’aimerais vraiment atteindre une position qui me le permettrais aussi. Lady Gaga, on dit souvent d’elle que c’est quelqu’un qui se cache derrière ses gros costumes, mais ce n’est vraiment pas le cas. Elle a vraiment du talent et une tête sur les épaules. C’est la seule personne que j’irais voir en spectacle parce que les autres artistes, pour moi, ce n’est pas du vrai. Elle, c’est une vraie. Donc quand je monte sur scène, je pense toujours à elle. Je me demande « quels messages je peux passer? » Je veux être fort même si ce n’est pas tout le monde qui est de mon bord dans ce que je fais. Je saute dans l’histoire, et on y va.

« Il n’y a pas de petites marches, il n’y a que des marches qui montent. » 

 

8. Quel est ton rêve d’artiste?

C’est difficile à dire. Je fais déjà beaucoup ce que j’aime, et je fais de tout dans tous les volets d’art. Je n’ai pas vraiment d’ambition de me rendre plus loin. Bon, mon rêve d’artiste serait d’améliorer mes méthodes, d’aller en évoluant, en faire plus souvent, mais pas trop souvent. Trouver un bon équilibre avec ça, et continuer.
 

9. Quelle est la position de la famille vis-à-vis ton loisir de drag queen?

Bon alors, une famille inclut plusieurs personnes, et donc plusieurs réactions. Ma marraine sait que je fais des spectacles de drag queen. Je vois qu’elle n’est pas nécessairement à l’aise de venir, mais quand je vais souper chez elle, et lorsqu’elle sait que j’ai eu un spectacle récemment, on en parle. Par contre, on ne dit pas le mot drag queen. Elle me demande si c’était l’fun et s’il y avait beaucoup de monde. Elle s’informe. Ensuite, il y a mon père qui le sait. Il respecte ça, mais on n’en parle pas. Et il y a ma mère qui ne comprend pas : c’est quoi? Es-tu un travesti? Ris-tu de la femme? Est-ce que tu t’habilles en femme pour les vulgariser? Elle, elle voit ça comme ça. Moi, je n’irais même pas à dire qu’une drag queen est une femme. Elle a tellement de maquillage dans le visage! J’espère que les femmes, vous n’êtes pas comme ça, parce que c’est épouvantable! Une drag, c’est vraiment fake. Les membres de ma famille ont tous eu des réactions différentes, mais ils sont tous au courant. Est-ce qu’ils vivent bien avec cette nouvelle? Ils ont fini par en revenir. Ma famille est bien conventionnelle. Elle n’aime pas que les choses changent. Ils voient un artiste à la télévision qui fait un travail choquant et ils seront les premiers à juger. Je ne m’attends pas à ce qu’ils viennent s’asseoir au Cabaret me voir en spectacle. Si ma marraine était curieuse de me voir sur scène, je lui donnerais un billet et l’encouragerais à venir. D’habitude, ma famille m’encourage dans mes arts, mais ce loisir là, c’est plus particulier pour eux. Je peux comprendre.

 

10. Que dirais-tu à un adolescent qui aimerait s’épanouir à titre de drag queen, et dans le showbiz, mais qui n’ose pas s’affirmer?

C’est clair que c’est difficile. C’est clair que ce n’est pas un chemin facile. Il n’y a rien d’écrit. Il faut apprendre beaucoup de choses. Il n’y a rien qui se fait seul. Donne-toi du temps. Trouve-toi une place où tu te sens bien. Les trucs s’apprennent. C’est d’apprendre à faire du maquillage, des costumes, de la couture. Un spectacle à la fois. Tu ne peux pas commencer au top. Petit à petit. Même s’il y a des gens qui sont contre toi, il y a également des gens qui sont avec toi. Il suffit de les trouver, et les inviter à venir te voir en spectacle.

 

 

Vous êtes intéressé de voir Trashy la Drag en spectacle? Vous pouvez aimer la page Facebook du Cabaret Tapis Rouge, à Trois-Rivières, afin de consulter les horaires de spectacles à venir. Vous pouvez également consulter le site web www.cabarettapisrouge.com pour les programmations, ainsi que pour de l’information supplémentaire sur la location de salle.

 

Sneak peak! Le visionnement d'un numéro de Trashy la Drag est disponible ici!

  

De jour, Francis est technicien informatique à temps plein et aime beaucoup son choix de carrière. Il est également réalisateur deux webséries, DD La Websérie et Projet Circus, et est membre fondateur de Studio-1515, production vidéo et multimédia. Vous pouvez consulter les sites www.ddlawebserie.com, www.projetcircus.com et www.studio-1515.com pour en découvrir davantage sur l’art local de divertissement à Trois-Rivières.


Toutes les photos de Francis sont prises par la photographe Lydia Goulet.

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