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L'amie prodigieuse : une saga italienne d'Elena Ferrante

06/07/2017

Avant de débuter, veuillez noter que j'utiliserais le terme autrice et non auteure au sein de cette chronique littéraire. Selon l'Académie française, la version féminine autrice est un barbarisme (erreur de langage par altération de mot). Au 17e siècle, l'Académie française était siégée que par des hommes qui se réservaient le prestige de poursuivre des fonctions nobles, tel que l'écriture et la poésie. Autrice fut alors abolie de la langue française. Une femme pouvait être une boulangère et une actrice, mais être une professeuse ou une autrice étaient des emplois à tangente intellectuelle trop élevée. De là, naîtront plus tard professeure et auteure, que nous employons de nos jours.

 

Elena Ferrante. Une autrice italienne qui connaît un succès international pour sa saga L’amie prodigieuse. Pourtant, cette fameuse Elena Ferrante n’est que le pseudonyme d’une autrice anonyme: personne ne sait réellement qui est l’autrice de la trilogie. Selon ses écrits, qui sont semi-fictifs et semi-autobiographiques, tout ce que nous savons de la vraie Elena est qu’elle est née à Naples, en Italie, en 1943. À part cela, son identité demeure un mystère. Elle soumet secrètement ses textes brouillons à la maison d’édition. Elle refuse les entrevues, et tente de protéger son identité en demeurant dans l’ombre. Nous savons également qu’elle est mère et que ses écrits sont autobiographiques, mais pas entièrement. Ils sont enjolivés par le fruit de son imagination. Voici ce qui est difficile à cerner avec Elena : où se situe la frontière entre le fictionnel et le réel? Sa saga est exagérée, sans aucun doute, mais jusqu’à quel point son imagination brouille sa réalité?

 

En octobre 2016, un journaliste croit avoir percé le mystère de son identité : il croit qu’Elena Ferrante est Anita Raja, éditrice et traductrice italienne, épouse de l’écrivain, scénariste et journaliste Domenico Starnone. Anita ne confirme jamais son identité et n’avoue pas être l’autrice des romans de la série. Ses admirateurs à travers le monde de son pas convaincu : n’importe quelle femme napolitaine née en 1943 pourrait être la célèbre Elena Ferrante, et profiter de sa réussite mondiale. Je préfère ne jamais savoir qui est Elena. Son anonymat favorise le succès de son écriture, traduite en plus de quarante langues.

 

Elena Ferrante est cité dans le magazine Times et se mérite le titre des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’année 2016.

 

J’ai adoré le premier roman L’amie prodigieuse, que je me suis procurée au Salon du livre de Montréal, en novembre 2016. J’ai dévoré les deux prochains romans de la trilogie à la hâte : Le nouveau nom, et Celle qui fuit et celle qui reste.

(image de www.lapresse.ca)

 

L’histoire de la saga au complet est un retour en arrière. Dès les premières pages du roman, Elena Greco (le personnage principal), âgée dans la soixantaine, est informée de la disparition de son amie d’enfance Lina Carraci. Elles ont grandi ensemble, dans un quartier pauvre et violent de Naples. Une amitié tumultueuse, saccadée de tendresses et de tensions, parfois d’amour, et parfois de haine. Entre elles, la jalousie et l’envie s’infiltrent à quelques reprises, au fil des années. Elles se perdent de vue, et se trouvent. Les mariages, les enfants, l’éducation, le privilège, le succès et la maladie sèment à les séparer.

 

L’amie prodigieuse est un retour en arrière de leur amitié : dès leur première rencontre à la maternelle, jusqu’à soixante ans plus tard. Suite à la disparition de Lina, surnommée Lila, Elena raconte leur histoire afin de commémorer leur complicité. Ensemble, elle se partage des secrets honteux, et parfois, manigance l’une contre l’autre. La manipulation et la compétition règnent entre elles. Elles se rapprochent et cherchent refuge envers les abus de l’époux colérique et du viol par les hommes de leur entourage. Elles s’aiment, et se détestent. La sage de L’amie prodigieuse expose clairement le déroulement d’une amitié une profonde : quelque chose de ne pas si simple.

 

Il n’y a rien de simple ni d’éphémère dans les écrits d’Elena Ferrante. 

 

Des livres clichés en rencontres amoureuses, et même une douce déclaration d’amour, je n’en raffole aucunement. Je sais ce qu’est l’amour, je n’ai pas besoin de le lire : je veux lire sur ce que je ne sais pas, me dis-je. Ce livre m’a initialement attiré par la curiosité d’en apprendre davantage sur la condition de la classe ouvrière napolitaine (et surtout des femmes) durant les années soixante. Je me suis attachée aux personnages du quartier, et la dynamique qui règne entre les familles, dès les premières pages. Au diable l’identité d’Elena Ferrante! Il y a une mélodie à son écriture, d’une esthétique incroyable. C’est tout ce qui compte pour donner vie à son récit.

 

Un homme coureur de jupons tombe amoureux d’une femme qu’il n’aurait jamais, car celle-ci le déteste : Lila. Rancunière comme elle est, elle me mène par le bout du nez et le manipule à son aise grâce à son affection pour elle. Cependant, cet amour n’est dévoilé que dans le 3e tome de la saga. Ce passage m’a énormément touché : Elena dis-nous, que se passe-t-il lorsqu’un Don Juan tombe réellement amoureux d’une femme?

 

Il avait murmuré que, pour lui, les femmes étaient des joujoux dotés de quelques trous qui lui permettaient de s’amuser un peu. Toutes. Enfin, toutes sauf une. Lina était la seule femme au monde qu’il aimait d’amour - oui, il aimait d’amour - et respectait. Il avait précisé qu’il pensait à Lila jour et nuit, mais pas avec son appétit ordinaire : le désir qu’il avait  d’elle ne ressemblait pas à ce qu’il connaissait. En réalité, il ne la voulait pas. C’est-à-dire qu’il ne la voulait pas comme d’habitude il voulait les femmes, pour les sentir sous son corps, les tourner et les retourner, les ouvrir, les détruire, les écraser et les bousiller. Il ne la voulait pas pour la prendre et puis l’oublier. Il voulait sa tête délicate et débordante d’idées. Il voulait son imagination. Et il la voulait sans l’abîmer, pour la faire durer. Il ne la voulait pas pour se la taper - appliqué à Lila, ce vocabulaire le dérangeait. Il la voulait pour l’embrasser, la caresser. Il la voulait pour qu’elle le caresse, l’épaule, le guide et le commande. Il la voulait pour voir comment elle vieillit. Il la voulait pour discuter avec elle et pour qu’elle l’aide à penser.

- Tome 3, Celle qui fuit et celle qui reste, page 233 à 234.

 

Un passage simple, facile à lire, à comprendre, absenté de figure de style. Et pourtant, ce passage m’a touché. J'ignore si c’est la répétition de Il la voulait pour..., mais ça me plaît.

 

 

Voici quelques courtes citations qui m’ont marquée :
 

  • « Il n'existe aucun geste, aucune parole ni soupir qui ne contienne la somme de tous les crimes qu'ont commis et que continuent à commettre les êtres humains. » (Tome 1, L’amie prodigieuse)
     

  • « Ma mère ne me laissa même pas le temps de parler. Elle me donna des gifles et des coups de parapluie, hurlant qu'elle me tuerait si je faisais encore une chose pareille. Lila passa à travers : chez elle, personne ne s'était aperçu de rien. Le soir, ma mère raconta tout à mon père et l'obligea à me battre. Il s'énerva parce qu'il ne voulait pas et ils finirent par se disputer. Alors il lui flanqua une gifle puis, en colère contre lui-même, me fila une bonne raclée. » (Tome 1, L’amie prodigieuse)
     

  • « C'est quoi, pour toi, "une ville sans amour" ? - Une population qui ne connaît pas le bonheur.    - Donne-moi un exemple. L'Italie pendant le fascisme, l'Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d'aujourd'hui. » (Tome 1, L’amie prodigieuse)
     

  • « Seule Lila me manquait, Lila qui pourtant ne répondait plus à mes lettres. J’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, en bien ou en mal, sans que je sois là. C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance. » (Tome 1, L’amie prodigieuse)
     

  • « Nous avions grandi en pensant qu'un étranger ne devait même pas nous effleurer alors qu'un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer. » (Tome 2, Le nouveau nom)
     

  • « Une société qui trouve naturel d'étouffer autant d'énergies intellectuelles féminines avec les tâches domestiques et l'éducation des enfants, est sa propre ennemie et ne s'en aperçoit même pas. » (Tome 3, Celle qui fuit et celle qui reste)
     

  • « Devenir. Ce verbe m'avait toujours obsédée, mais c'est en cette circonstance que je m'en rendis compte pour la première fois. Je voulais devenir, même sans savoir quoi. Et j'étais devenue, ça c'était certain, mais sans objet déterminé, sans vraie passion, sans ambition précise. J'avais voulu devenir quelque chose -voilà le fond de l'affaire- seulement parce que je craignais que Lila devienne Dieu sait quoi en me laissant sur le carreau. Pour moi, devenir, c'était devenir dans son sillage. Or, je devais recommencer à devenir mais pour moi, en tant qu'adulte, en dehors d'elle. » (Tome 3, Celle qui fuit et celle qui reste)
     

Une saga remarquable que je recommande à tous, dont le quotidien routinier pèse lourd dans l’ennui, à qui le récit de cette amitié peut faire revivre quelques jolis souvenirs d’enfance. La saga de L'amie prodigieuse par Elena Ferrante, surnommée l'inconnue prodigieuse.

 

Voici une image des livres originaux, dont les manuscrits sont écrits en italien (www.italiansindc.com)

 

Les livres de la saga L’amie prodigieuse sont parmi le top 10 des livres les plus vendus en France en 2015. Le quatrième et dernier tome de la saga n’a pas disponible en français: la France attend impatiemment la fin de sa traduction, à paraître en octobre 2017.

 

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