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Deux réalités frappantes dans Prescott-Russell

22/11/2017

 

Lors des 3 derniers mois, j’étais en stage au Centre Novas – CALACS de Prescott-Russell. Pour ceux qui ne le savent pas, Prescott-Russell se situe dans l’Est ontarien. Ce centre aide les femmes victimes d’agression à caractère sexuel dans le milieu rural de Prescott-Russell. Pour celles qui ne le savent pas, Prescott-Russell a tout de même une superficie de 2002 km carrés, ce qui fait un énorme terrain à desservir. D’après une recherche de 2014 par la Coalition de Prescott-Russell, il y aurait proportionnellement plus de victimes d’agression sexuelle dans Prescott-Russell, quand on compare à la population dans le reste de l’Ontario. Ces statistiques sont déplorables, mais ceci démontre l’importance de l’existence du Centre Novas.

 

De plus, les services du Centre Novas sont offerts aux femmes de 16 ans et plus, qui sont francophones et qui vivent dans Prescott-Russell. Lors de mon stage, j’ai eu l’occasion de prendre conscience de certaines réalités que vivent les femmes victimes d’agression à caractère sexuel. J’ai décidé de vous partager deux réalités qui, je crois, ont le plus grand impact sur les femmes.

 

Tout d’abord, le fait que Prescott-Russell est un milieu rural a un très grand impact sur la situation des femmes. En étant dans un petit milieu, tout le monde connait tout le monde. Il n’est pas rare que certaines femmes ne viennent pas chercher de l’aide, de peur d’être reconnue ou de peur que les autres membres de sa communauté, dont son agresseur, l’apprennent. Certaines femmes, qui participent à des activités qui sont ouvertes à toutes et qui ne porte pas sur les agressions à caractère sexuel ont une certaine crainte d’être associé au Centre Novas, de peur que les autres membres de la communauté les associent avec les agressions à caractère sexuel. Le mythe voulant que ce soit la victime qui devrait avoir honte d’être victime d’agression à caractère sexuel est encore beaucoup véhiculé dans ce milieu rural. Ceci devient donc beaucoup plus complexe pour les femmes qui doivent vivre avec une certaine pression de la société, en plus de vivre avec les conséquences d’une agression à caractère sexuel.

 

De plus, en n’ayant aucun transport en commun dans la région, il est très difficile pour certaines femmes de recevoir de l’aide. Celles qui vivent sous le seuil de la pauvreté et qui n’ont pas de voiture ou celles que leur agresseur a le contrôle du véhicule ne peuvent pas se rendre au Centre Novas pour recevoir de l’aide. Plusieurs femmes se retrouvent isolées de la société, sans façon de trouver des ressources. C’est pour cette raison que les intervenantes du Centre Novas se promènent dans les différents villages de Prescott-Russell pour essayer de rejoindre le plus de femmes possible. De plus, en étant dans un milieu rural, les valeurs et les idéologies religieuses sont très présentes. Dans certains endroits très axés sur la religion, certaines personnes croient que si le sujet d’agression à caractère sexuel n’est pas abordé, ceci n’existe pas. Difficile à croire, mais il parait que le moins que nous en parlons, le moins que ceci a lieu. Absurdité, mais bon. Nous ne pouvons pas changer les mentalités du jour au lendemain, mais le Centre Novas travaille très fort sur ce défi.

 

Finalement, les gens ont une certaine vision rose bonbon de leur communauté. Effectivement, plusieurs personnes sont persuadées que ceci n’a pas lieu dans leur communauté. Le nombre de personnes qui m’ont regardé avec des yeux gros comme des billes lorsque je leur ai dit qu’il avait des agressions à caractère sexuel dans leurs régions. Je sais que j’ai eu le travail désolant de briser certaines visions parfaites, mais je crois que c’est en réalisant que le problème a lieu que nous allons faire un changement.

 

Par la suite, la deuxième réalité qui a un impact direct sur les femmes est le fait que nous sommes une minorité francophone. Le nombre de ressources francophones est très minime pour aider les femmes victimes d’agression à caractère sexuel. Dût au manque de ressources francophone dans la communauté, ce ne sont pas toujours les ressources adéquates qui sont offertes aux femmes. Que ce soit pour des ressources ou même pour recevoir de l’aide de la part de policiers ou personnes dans le système juridique, les femmes francophones ont beaucoup de difficultés à se faire desservir dans la langue de leur choix.  Ces femmes ne savent pas toujours vers qui se tourner pour avoir des conseils judicieux, dans la langue de leur choix. Imaginez ! Elles essaient d’avoir de l’aide et en même temps elles doivent essayer de se faire comprendre dans une langue autre que leurs langues maternelles.

 

En plus d’avoir l’anxiété et la peine de dénoncer, elles font confronter à une autre barrière, celle du langage. Il est important de souligner que Prescott-Russell est majoritairement bilingue, mais qu’il y a de plus en plus de personnes simplement anglophones. Lorsque certaines femmes prennent finalement leur courage à deux mains et décident de dénoncer leurs agresseurs, elles peuvent faire face à des policiers qui ne peuvent pas l’aider en français, au moment même. Il n’est pas rare que les femmes se fassent dire d’attendre qu’un policier/policière francophone arrive. Il est très difficile pour une femme de se faire dire d’attendre lorsqu’elle était finalement prête à dénoncer. Il est possible que cette dernière ne souhaite plus dénoncer à ce moment. Une femme ne devrait jamais être refusée lorsqu’elle souhaite dénoncer.

 

Par la suite, le fait que nous sommes une minorité francophone a un impact sur la sensibilisation que nous essayons de faire. Au Centre Novas, nous essayons de sensibiliser la communauté. À certains moments, pour que ceci se produise, nous devons avoir le support des commerces de la communauté. Par contre, il est de plus en plus récurrent de voir que c’est une personne anglophone qui est à la tête d’une entreprise. En étant un centre qui offre du soutien simplement aux femmes francophone, nos activités, nos affiches et nos campagnes de sensibilisation sont en français. Certaines grosses entreprises, qui sont dirigées par des personnes anglophones ne sont pas porté à afficher de la publicité qui ne les rejoint pas nécessairement.

 

Les femmes victimes d’agression à caractère sexuel dans Prescott-Russell vivent plusieurs oppressions qui découlent de leur situation. Que ce soit l’aspect qu’elles ne souhaitent pas être reconnue, qu’elles n’ont pas de transports ou l’aspect que les services francophones sont minimes, il est plutôt complexe pour ces dernières de dénoncer. Les employés du Centre Novas travaillent fort pour essayer de changer les mentalités des milieux ruraux et de s’assurer que les femmes qui souhaitent dénoncer n’aient pas autant de barrières. Par contre, il est très difficile de faire changer des mentalités qui sont forgées depuis des générations. C’est en sensibilisant une personne à la fois que nous allons avoir un résultat.

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