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Suite française : première lecture de l’année 2018

15/01/2018

 

Avant de débuter, veuillez noter que j'utiliserais le terme autrice et non auteure au sein de cette chronique littéraire. Selon l'Académie française, la version féminine autrice est un barbarisme (erreur de langage par altération de mot). Au 17e siècle, l'Académie française était dirigée que par des hommes qui se réservaient le prestige de poursuivre des fonctions nobles, telles que l'écriture et la poésie. Autrice fut alors abolie de la langue française. Une femme pouvait être une boulangère et une actrice, mais être une professeuse ou une autrice était des emplois à tangentes intellectuelles trop élevées pour les femmes. De là, naîtront plus tard les termes professeure et auteure.

 

Une histoire de guerres, de conflits, de confrontation. Mon type de lecture favorite. Rien de tel que de s'émerger dans le récit qui relate des événements vécus de séparation politique, d'écroulement de hiérarchie gouvernementale, et de violence. J'ai toujours aimé l'Histoire. Néanmoins, pas le type de faits historiques de nous apprenons en classe : des dates, des noms de dirigeants, des noms de batailles, de frontières, etc. L'Histoire, je la veux en littérature. Elles sont conjointes. La littérature française voit le jour au moment que naît la Bible. C'est le moment où l'Homme s'acquit la Plume. L'écriture est la forme originale (et même encore à ce jour) de la documentation. Je veux revivre l'époque du Moyen Âge en France, si éloignée de notre réalité moderne, par la Guerre de 100 ans, les écrits de Chrétien De Troyes et de François Rabelais.

 

Assise confortablement, armée d'une chocolat chaud crémeux, je débute ainsi l'année 2018 avec le roman Suite française, qui est séparé en deux parties : Tempête en juin, qui relate les événements qui mène à la défaite de la France contre l'Allemagne en juin 1940, et Dolce, qui raconte l'arrivée des soldats allemands et l'Occupation nazie en France, peu de temps après leur défaite. Même si les personnages sont fictifs, les événements et le contexte historique du livre sont véridiques, et inspirés de la triste réalité de la guerre. 

 

L'autrice Irène Némirovsky, une juive d'origine russe, fut contrainte à un premier exil lorsque, après la Révolution russe, les Soviets mirent à prix la tête de son père. Après quelques années d'errance en Finlande et en Suède, elle s'installe à Paris. Maîtrisant sept langues, riche de ses expériences et passionnée de littérature elle a déjà beaucoup publié lorsqu'en 1929, elle envoie à Bernard Grasset le manuscrit de David Golder. Et Irène Némirovsky devient cette égérie littéraire. Il ne faudrait pas dix ans pour que ce rêve tourne au cauchemar : victime de l'aryanisation de l'édition (aryanisation désigne l'expropriation totale des Juifs pendant la période du nazisme de toute l'Europe occupée pendant la Deuxième Guerre mondiale), Irène Némirovsky n'a plus le droit de publier sous son nom. Son mari, Michel Epstein, est interdit d'exercer sa profession. La guerre lui arrache son foyer, puis sa vie. Emportée sur les routes de l'exode, sans mari, et avec ses deux filles, Irène trouve refuge dans un village du Morvan e France, avant d'être déportée à Auschwitz. Irène est assassinée en 1942.

 

(À gauche : image du manuscrit original d'Irène Némirovsky. À droite : message de dédicace par Denise Epstein, la fille aînée d'Irène Némirovsky et de Michel Epstein)

 

« Sur les trace de ma mère et de mon père, pour ma sœur Élisabeth Gille (née Epstein), pour mes enfants et petits-enfants, cette Mémoire à transmettre, et pour tous ceux qui ont connu et connaissent encore aujourd'hui le drame de l'intolérance. »

- Denise Epstein

 

Élisabeth et Denise Epstein, filles d'Irène Némirovsky et de Michel Epstein, survivantes du champ de concentration à Auschwitz, chérissent les trésors hérités à la mort de leur parent. Parmi ces précieux héritages se trouve le manuscrit Suite française de leur mère. Avec déchirement, les deux sœurs décident de confier Suite française, la dernière œuvre de leur mère à l'Institut Mémoire de l'Édition contemporaine, afin de la sauver et d'honorer sa mort. Avant de s'en séparer, Denise décida de dactylographier le manuscrit. Quand Denise Epstein confia le manuscrit Suite française au directeur de l'IMEC, elle ressentit une grande douleur. Même si elle ne savait pas la grande valeur historique qui met en lumière la France lors d'une de ses plus grandes misères, sa séparation avec le manuscrit lui apporta un grand vide. Une tomba dans une sévère dépression, dont jamais elle ne guérira.

 

L'histoire d'Irène et de sa fille Denise est toute aussi tragique que les péripéties dans le roman lui-même. Inspirée de tragédie sanglante, de haine pure et de fierté nationale, Suite française décrit la vie des fermiers, des mendiants, des ouvriers, des couturières, des bourgeois, des nobles, lorsque la France s'écroule aux mains de l'Allemagne. Aux yeux de ses nouveaux étrangers allemands, le statut social, la noblesse, l'éducation et l'argent n'achètent pas le respect, et encore moins la paix.

 

Je vous partage quelques citations mémorables. Ces citations ont chamboulé ma réalité, et m'ont permises d'établir un lien de complicité invisible et incompréhension entre Irène Némirovsky et moi-même.

 

« En temps de guerre, aucun de nous n’espère mourir dans un lit. » 

 

« Les bottes... Ce bruit de bottes... Cela passera. L'occupation finira. Ce sera la paix, la paix bénie. La guerre et le désastre de 1940 ne seront plus qu'un souvenir, une page d'histoire, des noms de batailles et de traités que les écoliers ânonneront dans les lycées, mais moi, aussi longtemps que je vivrai, je me rappellerai ce bruit sourd et régulier des bottes martelant le plancher. »

 

« Il y avait toujours en eux une ardente volonté de bonheur; sans doute parce qu'ils s'étaient beaucoup aimés, ils avaient appris à vivre au jour le jour, à oublier volontairement le lendemain. »

 

« Les êtres passionnés sont simples, se dit-elle encore; elle le hait, et tout est dit. Heureux sont ceux qui peuvent aimer et haïr sans feinte, sans détour, sans nuance. »

 

 

Une représentation cinématographique de Suite française a été créée en 2015 en Belgique. Cependant, le film ne représente que la deuxième partie du livre, appelé Dolce. Le mot dolce est d'origine italienne, et signifie doux. Le film est disponible en français, en anglais et en allemand. Un superbe film, de genre drame romantique (bien plus dramatique que romantique, selon moi).  Un film typiquement européen : sombre, bande sonore envoûtante, où les personnages communiquent éloquemment à l'aide de la communication non verbale, l'expression du visage, les mouvements du corps, les regards, mais surtout avec le non-dit, les silences poétiques qui crient plus fort que les mots eux-mêmes. 

 

 

Suite française, une œuvre d'art par Irène Némirovsky, que je recommande à tous.

 

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