Please reload

PAR TAGS : 

Please reload

POST RÉCENTS : 

ME SUIVRE : 

  • Facebook Clean Grey
  • Twitter Clean Grey
  • Instagram Clean Grey

La séductrice, l'aveugle et l'orphelin

21/05/2019

 

Résolution 2019 : lire un livre en français et un livre en anglais par mois.

 

Entre le travail de 9h à 17h, les rendez-vous, les engagements familiaux, les courses, les commissions, la cuisine, le ménage, et le prochain épisode sur Netflix qui nous hante, j'ai délaissé la lecture. Mon temps à l'université a également rendu la lecture une tâche, une obligation. Des lectures de manuels universitaires, des articles scientifiques, des thèses. Bref, l'étude où les pages à lire, à relire, à surligner, à apprendre par cœur s'empilaient sur mon bureau. 

 

Lire pour le plaisir a simplement pris le bord. Je le regrette. Je ne suis plus étudiante depuis plus de deux ans. Je désire commencer l'année 2019 en revenant à la souche de mon loisir favori : lire pour le simple plaisir de lire. Découvrir et voyager pour en apprendre sur les autres, et encore davantage sur moi-même. 

 

Consultez mes lectures de janvier 2019 : Le muet et le réfugié

Consultez mes lectures de février 2019 : L'aventurière et la chroniqueuse

Consultez mes lectures de mars 2019 : Le peintre et la manipulatrice

Consultez mes lectures d'avril 2019 : Le fils et la fille

 

Au menu pour le mois de mai 2019 :

 

  • Livre en français : Juré, craché!, par Danièle Vallée

  • Livre en anglais : All the Light We Cannot See, par Anthony Doerr

 

La séductrice, c'est la jeune fille qui tombe amoureuse de l'abbé du village.

 

L'aveugle, c'est la jeune Française qui a vécu l'Occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale. L'orphelin, c'est le jeune allemand prédestiné à une vie minable dans l'industrie minière.

 

Allons-y, Alonzo! Bonne lecture.

 

 

***************************************************************************

 

Juré, craché!, de Danièle Vallée

 

La séductrice, c'est la jeune fille qui tombe amoureuse de l'abbé du village, et qui entame une mission de presque une décennie complète à briser le mariage de l'abbé envers son Dieu. 

 

 

La couverture arrière du roman :

 

Dans un patelin proche de Montréal, vers la fin des années cinquante, une fillette, Camille, s’entiche de l’abbé du village, le beau Romain Dutil, qui est aussi son aumônier à l’école. Profitant de ses passages au confessionnal, où celui-ci est à sa merci, elle rivalise d’imagination pour inventer des péchés qui puissent le faire rougir. Plus les années passent, plus les péchés deviennent sérieux et plus l’entreprise de séduction entreprise par Camille devient claire. Mais l’abbé, toujours calme et serein, ne semble rien voir de ces stratagèmes et demeure, en dépit des circonstances, fidèle aux principes qui encadrent sa vocation. Jusqu’à ce que, peut-être, il finisse un jour par succomber ?

 

« Quand je l’ai vu entrer dans la classe, plus jeune que mon père, plus beau que mon plus charmant cousin germain, j’ai compris tout de suite que j’avais un cœur qui pouvait battre à cent milles à l’heure. Je me suis aperçue, ce jour-là, que les hommes n’étaient pas toujours des oncles, des docteurs, des travailleurs, des messieurs ou de vieux curés dominants ! Romain, tu venais de t’approprier mon petit cœur d’écolière de première année. L’amour n’a pas d’âge, disait mon père, follement amoureux de ma mère de dix ans son aînée. Papa avait raison et moi, j’étais déjà amoureuse d’un séduisant vicaire qui sera mien. Je suis patiente autant qu’obstinée. J’attendrai. Juré, craché ! »

Inspirée d’une nouvelle intitulée « La confession », parue il y a quelques années dans un beau livre (Sous la jupe, David, 2013), cette histoire rocambolesque est aussi l’occasion de revisiter une époque où l’église et le sacerdoce étaient encore au Québec des sujets dont on n’aurait pas osé plaisanter.

 

 

Un mot sur l'auteur :

 

Originaire de Sherbrooke, Danièle Vallée vit dans le quartier Vanier, à Ottawa. Auteure et conteuse, elle a notamment écrit un grand nombre de nouvelles qu’elle a souvent portées à la scène en leur conférant une étonnante dimension artistique, accentuée de blues, de jazz et de musiques traditionnelles.

 

Dans cette veine, elle a été pendant plusieurs années directrice artistique de la série « Les Contes Nomades » présentée à la Quatrième salle du Centre national des arts, à Ottawa. Juré, craché ! n’est pas son premier livre, mais son premier roman.

 

 

Mes commentaires :

 

L'amour n'a pas d'âge. Juré, craché! explore littéralement cette expression à fond. Ce livre est absolument génial : troublant et choquant. Je suis déconcertée de me retrouver dans Camille. Non pas ses traits capricieux ni exigeants, mais dans sa déviance et son épanouissement sexuels. C'est rafraîchissant de voir une jeune femme assumer sa sexualité, malgré la religion catholique qui l'entoure à la maison, à l'école et bien sûr, à l'église chez monsieur le curé. 

 

Nous vivons une époque où la sexualité est de moins en moins taboue, et même pratiquée librement. L'oppression de sexe traverse les classes sociales, et se modifie aux normes de la société. Ce roman est l'épidémie de cette époque moderne, et je m'en réjouis. Un livre aussi tracassant n'aurait jamais été publié il y a 40 ans, et encore moins les siècles précédents. Ce n'est bien qu'en 2019 qu'un livre sur une fillette/adolescente qui tente de séduire le curé du village sans provoquer toute une converse. Bref, certainement pas pour moi. 

 

Ne sommes-nous pas chanceux de vivre dans une époque où un livre tel que Juré, craché! peut être écrit, publié, vendu et lu sans provoquer la révolte et l'animosité? Le féministe, la féminité et la sexualité qu’exhume ce roman me troublent, mais ça me plaît énormément. Camille est audacieuse. Marginale. Perverse. 

 

 

Quelques citations favorites :

 

« Pour une fille, la première fois se confesse, c'est comme perdre sa virginité. Il faut s'ouvrir devant un homme et lui donner l'impression qu'il nous fait du bien. »

 

« En espionnant les conversations des adultes, je les entends quelquefois décréter que les femmes sont trop souvent aguicheuses, comme dit maman, ou agace-pissettes, comme dit papa. Les femmes courent après, concluent les hommes, oncles, cousins, amis. Masculins pluriels. Elles courent après quoi? Pas moyen de le savoir. La phrase reste toujours en suspension devant les enfants. »

 

« Quand j'ai relevé Camille, à l'âge de sept ans, projetée sur un trottoir par une voiture, je ne me rendais pas compte qu'à son tour, elle me heurterait sur le chemin de la vie comme un caillou égaré qu'on fait rouler d'un coup de pied, qu'on rattrape, qu'on culbute encore. »

 

« Trop heureux d'avoir retrouvé Camille, je flanche. Je tombe à ses genoux. Ses lettres, ses minauderies, ses caprices, ses candeurs m'inondent. Je m'y noie. Acte de contrition, mon Dieu. Je me fais homme. Dans ma tête folle, je gueule, je gueule, je gémis avec la révolte d'une bête maltraitée. Me jeter par terre et rester étendu à ses pieds en réclamant qu'elle me piétine. »

 

 

*********************************************************

 

All the Light We Cannot See, d'Anthony Doerr

 

L'aveugle, c'est la jeune Française qui a vécu l'Occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale, sans jamais la voir avec les yeux, mais en la touchant avec des doigts tremblants, et en la vivant avec chaque fibre de son corps.

 

L'orphelin, c'est le jeune allemand prédestiné à une vie minable : creuser les mines et remplir les camions de charbon. Son talent pour réparer les radios lui voue une place parmi les rangs de l'armée allemande, à rechercher les radios interdites et ainsi contrer la Résistance française.

 

 

Couverture arrière du roman :

 

All the Light We Cannot See, le célèbre best-seller acclamé par New York Times, raconte l'histoire d'une jeune Française, une fille aveugle, et d'un garçon allemand. Leurs chemins se heurtent en France lors de l'Occupation allemande alors que tous deux tentent de survivre à la dévastation de la Seconde Guerre mondiale.

 

Marie-Laure vit à Paris près du Musée d'histoire naturelle, où travaille son père. À l'âge de douze ans, les nazis occupent Paris. Père et fille fuient vers la citadelle fortifiée de Saint-Malo, où le grand-oncle solitaire de Marie-Laure habite dans une maison centenaire au bord de la mer. Ils portent avec eux ce qui pourrait être le joyau le plus précieux, et le plus recherché, du musée.

 

Dans une ville minière allemande, Werner Pfennig, un jeune orphelin, grandit avec sa sœur cadette. Leur quotidien est rapidement bouleversé par une radio rudimentaire qui leur apporte des nouvelles et des histoires d’endroits qu’ils n’ont jamais vues ni imaginées. Werner devient un expert dans la construction et la réparation de cette nouvelle technologie qu'est la radiocommunication, et est recruté de force par l'armée allemande afin d'utiliser son talent pour traquer la résistance. En juxtaposant habilement les vies de Marie-Laure et de Werner, Anthony Doerr mène la voie contre vents et marées,  où des étrangers tentent d'être bons envers les uns et les autres, même lorsque tout semble perdu, inespéré. 

 

 

Un mot sur l'auteur :

 

Anthony Doerr est un écrivain américain. Diplômé en histoire au Bowdoin College, il est titulaire d'un MFA à l'université d'État de Bowling Green (Ohio). Couronné à plusieurs reprises par des prix importants, Anthony Doerr construit peu à peu une œuvre inclassable et étonnante. Anthony Doerr habite à Boise, Idaho, avec sa femme et ses deux fils.

Sélectionné par la revue Granta comme l'un des meilleurs jeunes auteurs écrivains américains, il a déjà publié chez Albin Michel : Le nom des coquillages (The Shell Collector, 2002), Le mur de mémoire (2002, couronné par le Story Prize et par le Sunday Times Short Story Award, l'un des plus importants prix récompensant des nouvelles), À propos de Grace (About Grace, 2004) et Toute la lumière que nous ne pouvons voir (Prix Pulitzer, 2015).

 

 

Mes commentaires :

 

Livre magnifiquement écrit. Ce livre contient la prose la plus fascinante que j'ai jamais lue. Émerveillée, je suis. Ce roman regorge de détails riches qui remplissent les cinq sens simultanément. C'est plein de belles métaphores qui peignent des images magnifiques. Incapable de le mettre de côté, je ne voulais pas que ce livre se termine.

 

J'étais presque immédiatement attaché à Marie-Laure et Werner. L'intrigue est convaincante et les personnages attachants : Madame Manec, Etienne, Jutta, Frederik, Madame Elena. Chaque personnage joue un rôle essentiel qui facilite la compréhension de l'environnement, qui est la Seconde Guerre mondiale. J'adore les retours en arrière. J’ai même pleuré quelques fois. Un joyau de fiction historique.

 

L'histoire prend place à Saint-Malo. En août 1944, la ville fortifiée de Saint-Malo, le joyau le plus brillant de la côte d'Émeraude en Bretagne, en France fut presque détruite par un incendie... Des 865 bâtiments situés à l'intérieur des citadelles, que 182 étaient encore debout et tous furent endommagés, à un certain degré. (Philip Beck)

 

 

Ce livre présente deux histoires parallèles qui se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaque histoire met en lumière un enfant, et ces deux enfants grandissent dans deux pays différents : en France et en Allemagne. La narration poétique va et vient, d'un chapitre à l'autre, à la fois dans le temps et dans l’espace, entre les deux personnages principaux.

 

L'histoire 1 : En Allemagne nazie, un jeune orphelin appelé Werner vit dans une maison d’enfants abandonnés avec sa jeune sœur. Il est exceptionnellement brillant et curieux avec un talent pour réparer les radios. Il répare une vieille radio et devient fasciné par une émission scientifique diffusée chaque soir en provenance de France. Ses talents en mathématiques et en sciences lui valent une place convoitée dans une Académie de la jeunesse hitlérienne cauchemardesque. C’est sa seule chance de s’échapper d’une vie bien triste dans les mêmes mines de charbon qui ont tué son père.

 

L'histoire 2 : À Paris, il y a une rousse timide aux taches de rousseur qui s'appelle Marie-Laure. Elle est intuitive, intelligente et sensible. Elle habite avec son père, un serrurier qui travaille au Musée d'histoire naturelle de la France. Quand elle devient aveugle d'une maladie dégénérative à l'âge de six ans, son père construit un modèle miniature détaillé de leur quartier, afin qu'elle puisse mémoriser chaque rue, bâtiment et coin en traçant le modèle avec ses doigts agiles. Quand les Allemands attaquent Paris, elle et son père doivent fuir vers la ville côtière de Saint-Malo pour vivre avec un grand-oncle qui souffre de trouble de stress post-traumatique (un vétéran de la Première Guerre mondiale) dans une haute maison à six étages près de la mer.

 

Cette histoire est riche en suspense. La clé est de la lire lentement afin de savourer chaque mot, sans hâte, et avec sensibilité.

 

 

Quelle est la signification du titre All the Light We Cannot See?


L’auteur explique dans ses propres mots que le titre est avant tout une référence à toute la lumière que nous ne pouvons littéralement pas voir, c’est-à-dire les longueurs d’onde du spectre électromagnétique qui s'échappent aux yeux humains, incapable d'être détectée (surtout les ondes radio). C’est aussi une suggestion métaphorique qu’il existe d'innombrables histoires invisibles encore enfouies initiées par la Seconde Guerre mondiale : des histoires d'enfants ordinaires, par exemple, sont une sorte de lumière que nous ne voyons pas habituellement. Cette lumière suggère que nous passions trop de temps à nous concentrer sur une petite partie du spectre des possibilités, mais l'entièreté de cette lumière existe dans l'au-delà. (Anthony Doerr)

 

 

Quelques citations favorites :

 

« There is pride, too, though—pride that he has done it alone. That his daughter is so curious, so resilient. There is the humility of being a father to someone so powerful, as if he were only a narrow conduit for another, greater thing. That’s how it feels right now, he thinks, kneeling beside her, rinsing her hair: as though his love for his daughter will outstrip the limits of his body. The walls could fall away, even the whole city, and the brightness of that feeling would not wane. »

 

« Sublimity, Hauptmann says, panting, “you know what that is, Pfennig?” He is tipsy, animated, almost prattling. Never has Werner seen him like this. “It’s the instant when one thing is about to become something else. Day to night, caterpillar to butterfly. Fawn to doe. Experiment to result. Boy to man. »

 

« It was hard to live through the early 1940s in France and not have the war be the center from which the rest of your life spiraled. Marie-Laure still cannot wear shoes that are too large, or smell a boiled turnip, without experiencing revulsion. Neither can she listen to lists of names. Soccer team rosters, citations at the end of journals, introductions at faculty meetings—always they seem to her some vestige of the prison lists that never contained her father’s name. »

 

« In the stories after the war, all the resistance heroes were dashing, sinewy types who could construct machine guns from paper clips. And the Germans either raised their godlike blond heads through open tank hatches to watch broken cities scroll past, or else were psychopathic, sex-crazed torturers of beautiful Jewesses. Where did the boy fit? He made such a faint presence. It was like being in the room with a feather. But his soul glowed with some fundamental kindness, didn’t it? »

 

 

*******************************************************

 

Au menu pour le mois de juin 2019 :

 

  • Livre en français : Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, par Yuval Noah Harari

  • Livre en anglais : The Shadow of the Wind, par Carlos Ruiz Zafón

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload